« 22 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 299-300], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11389, page consultée le 04 mai 2026.
22 mars [1837], mercredi soir, 7 h. ¾
Mon cher petit homme bien aimé, je suis très contente et très heureuse. Tâchez de
ne
pas me faire payer mon bonheur pour une trop longue absence, car vous le savez, mon
cher amour, c’est la seule privation à laquelle je suis sensible, et comme toute chose
unique je la ressens plus vivement et plus cruellement que
les autres femmes.
Je vous pardonne tous vos trimes et il y en a parmi1 que
ne sont pas mineurs et qui conduisent au BÛCHER inquisiteur
comme vous savez très bien. Je vous pardonne donc à la condition que cela ne vous
arrivera plus jamais, car sans cela je serais forcée de faire ma plainte en règle
contre vos passions monstrueuses, ce qui complèteraita d’une façon juste pittoresque
votre biographie déjà si appétissante. Jour, on
peut bien dire des bêtises, n’est-ce pas ? Surtout quand on ne peut faire fouetter
qu’unechatte. À propos tu as oublié de me faire la loge de Mme Guérard. Il est
vrai qu’il sera encore temps ce soir, à moins que tu ne viennes pas, ce qui serait
très adroit et très spirituel et très amoureux. À tout hasard, je vais tenir sa lettre
toute prête, et si tu as le bon sens de venir, tu la mettras à la poste… Je vois avec
chagrin que mon petit chef-d’œuvre ne se finit pas, vous avez cependant une bien bonne
plume, une bien bonne table, un bien bon feu et une bien bonne femme pour vous aider.
Les bons ouvriers n’ont besoin que de mauvais outils dit-on, mais les mauvais ne
savent même pas ce servir des bons quand il y en a, voilà la différence. Qu’est-ce
que
vous en dites ? C’est très profond. Voime, voime,
voime, très profond. Jour. Vous m’avez très bien b… Oh mon Dieu qu’est-ce j’allais
dire là… J’allais donner à penser que vous aviez avec moi des relations que ma
modestie ne me permet pas de supposer. Je disais donc que vous m’aviez très bien
b…attue sur tous les points héraldiques, historiques, physiquesb de l’histoire et vous rends cet
hommage que vous êtes le plus fort homme de ce temps sans exception. Je n’en excepte
pour même le grand hiérarchiseur de l’époque. Après cet aveu
dépouillé de toute espèce d’artifice il me reste à baiser la poussière de vos BAUTTES et [illis.] de votre barbe de capucin.
Juliette
1 Il n’y a pas de complément.
a « complètterais ».
b « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
